En guise de présentation


Les Editions Inedits ont pour vocation l'inventaire des ouvrages qui n'existent pas, mais qui pourtant ont ou ont eu une influence sur la littérature. Le "Nécronomicon" bien connu des lecteurs de Lovecraft en est un exemple. "Le roi en jaune" en est un autre, Kilgore Trout est un auteur parfaitement inédiste, et ces pages leur rendent hommage tant que faire se peut....
Par ailleurs, plutôt que se perdre dans les méandres de la virtualité, nous vous proposons ici de découvrir notre activité concrète (littéraire et théâtrale).

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vendredi 27 septembre 2013

Les Justes, d'Albert Camus, du 16 au 20 Octobre 2013

En ce centenaire de la naissance d'Albert Camus, nous vous convions à venir voir Les Justes, pièce de 1949 en 5 actes dont l'action se situe à Moscou en 1905, interprétée par la toute jeune Compagnie "Les justes au corps".
Un groupe de combat du parti socialiste révolutionnaire est chargé d'exécuter à la bombe le Grand Duc Serge un soir où celui-ci se rend au théâtre...



Au Bahut, 18 avenue du président Salvador Allende 94110 Arcueil (RER B : arrêt Laplace)
Salle Falaises et Plateaux (2eme étage)

Les mercredi 16, jeudi 17, samedi 19 octobre à 20h30 et le dimanche 20 octobre à 17h.
La participation aux frais est de 5€
Réservation :
Mail (à privilégier) : lesjustesaucorps@gmail.com
Tel : 06 24 10 48 43
Venez nombreux, mais ne tardez pas à réserver, la salle se remplit rapidement !

"Un bruit terrible ! Il a suffit d'un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l'enfance."

samedi 14 septembre 2013

Kilgore Trout : "La peste sur roues" - Inédisme


Kilgore TROUT : "La peste sur roues"
COLLECTION KILGORE TROUT N°15

"Le plus populaire des livres de Trout, "La peste sur roues", s'était vendu à une époque jusqu'à douze dollars, à cause des illustrations. Il coûtait à présent un dollar, et ceux qui déboursaient cette somme ne se souciaient même pas des illustrations. Ils payaient pour le texte.

(...) Le texte du livre décrivait l'existence des habitants d'une planète agonisante du nom de Lingo-Trois, dont les habitants ressemblaient à des automobiles américaines. Ils avaient des roues. Ils étaient mus par des moteurs à combustion interne. Il se nourrissaient de fuel fossile. Toutefois, ils n'étaient pas fabriqués. Ils se reproduisaient. Ils pondaient des oeufs contenant des bébés automobiles, et les bébés grandissaient dans des mares d'huile, formées par les résidus de vidanges des carters adultes.
Lingo Trois avait été visitée par des voyageurs de l'espace, et ceux-ci avaient appris que la race des créatures qui l'habitaient était en train de s'éteindre, car elle avait détruit les ressources de la planète, y compris son atmosphère.
Les voyageurs de l'espace n'avaient pas grand chose à leur offrir en fait d'assistance matérielle. Les créatures automobiles espéraient leur emprunter un peu d'oxygène, et persuader leurs visiteurs d'emporter sur une autre planète au moins un de leurs œufs  afin qu'il puisse éclore et qu'une autre civilisation automobile puisse s'y développer. Mais l’œuf le plus petit pesait encore vingt-quatre kilos, et les voyageurs de l'espace n'avaient pas plus d'un pouce de haut, et leur cabine spatiale n'était pas plus grande qu'une boîte de chaussures d'un habitant de la Terre. Ils étaient originaires de Zeltodimar.
Le porte-parole des Zeltodimariens se nommait Kago. Kago annonça que tout ce qu'il allait pouvoir faire serait de dire à tous les habitants de l'Univers à quel point les créatures automobiles avaient été admirables ; et voici les paroles qu'il adressa à tous ces grands seigneurs rouillés, à cours de gaz vital : "Vous passerez, mais l'on se souviendra de vous à jamais."
A ce point de l'histoire, une illustration montrait deux jeunes Chinoises, des jumelles apparemment, les jambes largement écartées.


"Plague on Wheels" par Alëna Skarina
Ainsi Kago et son brave équipage de petits Zeltodimariens, qui étaient tous des homosexuels, poursuivirent leur croisière à travers l'Univers, perpétuant partout le souvenir des créatures automobiles. Ils arrivèrent enfin sur la planète Terre. Kago, en toute innocence, parla des automobiles aux habitants de la Terre. Kago ignorait que les êtres humains puissent être détruits par une idée aussi aisément que par le choléra ou la peste bubonique. Il n'existait pas sur Terre la moindre procédure d'immunisation contre les idées stupides.

C'était la raison pour laquelle, à en croire Trout, les êtres humains étaient incapables de rejeter les idées mauvaises : 
"Les idées, sur la Terre, sont des emblèmes d'amitié ou d'hostilité. Leur contenu n'a pas la moindre importance. Les amis s'accordent dans l'expression de leur mutuelle amitié. Les ennemis s'opposent mutuellement dans l'expression de leur hostilité.

Pendant des siècles ou des millénaires, les idées que pouvaient avoir les habitants de la Terre n'ont pas eu une grande importance, car, de toute manière, ils ne pouvaient pas en faire grand chose. Autant en faire des emblèmes puisqu'elles ne pouvaient servir à rien.
Ils avaient même un proverbe pour montrer à quel point les idées peuvent être futiles :
"Si les souhaits avaient des jambes, tous les crève-la-faim rouleraient carrosse."
Et voilà que les habitants de la Terre découvrirent les outils. Brusquement, le fait de s'accorder avec un ami devint une forme de suicide, ou pis encore. Et néanmoins, on ne cessait pas de conclure des accords ; non pas pour des raisons de bon sens, ou d'honnêteté, ou de salut personnel, mais tout simplement à cause de l'amitié.
Les Terriens continuaient de pratiquer l'amitié, alors qu'ils auraient mieux fait de réfléchir. Et, même quand ils fabriquaient des ordinateurs, afin que ceux-ci puissent penser un peu à leur place, ils les programmaient dans le cadre de l'amitié, bien plus que dans celui de la sagesse. Ainsi, leur sort fatal était fixé. Des crève-la-faim allaient rouler carrosse."
Un siècle après l'arrivée sur Terre du petit Kago, si l'on en croit le roman de Trout, sur cette sphère bleue et verte, jadis paisible, humide et nourrissante, toute forme de vie était morte ou mourante. Partout, le sol était jonché des carapaces des grands scarabées, fabriqués et adorés par l'homme. C'étaient les autos. Elles avaient tout exterminé.
Le petit Kago lui-même était mort longtemps avant la mort de la planète. Il avait essayé de faire un discours, dans un bar de Détroit, sur les méfaits de l'automobile. Mais il était si minuscule que personne ne faisait attention à lui. Il s'allongea pour prendre un moment de repos, et un ouvrier de l'automobile, qui était ivre, le prit pour une allumette. Il le tua, en essayant à plusieurs reprises de l'allumer : il le frottait contre le plateau de zinc du bar."

Kurt VONNEGUT, Jr. – Le breakfast du champion (Editions J'ai Lu ; pp.38-42  ; traduction : Guy Durand).

A venir...

Archives photos et vidéos : Thunos, L'étoffe des songes, Le talon de fer, Contes, L'innamoramento, Dans les bois la marguerite, Ballet Monstre, Ubu Président ...

Kilgore TROUT : hagiographie

Le catalogue enrichi des Editions Inedits