En guise de présentation


Les Editions Inedits ont pour vocation l'inventaire des ouvrages qui n'existent pas, mais qui pourtant ont ou ont eu une influence sur la littérature. Le "Nécronomicon" bien connu des lecteurs de Lovecraft en est un exemple. "Le roi en jaune" en est un autre, Kilgore Trout est un auteur parfaitement inédiste, et ces pages leur rendent hommage tant que faire se peut....
Par ailleurs, plutôt que se perdre dans les méandres de la virtualité, nous vous proposons ici de découvrir notre activité concrète (littéraire et théâtrale).

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mardi 27 juillet 2010

LE TRAVAIL LIBERE : l'intégralité du spectacle en vidéo.



LE TRAVAIL LIBèRE
(ARBEIT MACHT FREI)
une réflexion sur la liberté et le monde du travail
Ciné-concert-théâtre
« Notre époque est, dit-on, le Siècle du travail. C’est en effet le Siècle de la douleur, de la misère et de la corruption. » (P.Lafargue)
Sur des textes d’Etienne de La Boetie (« Discours de la servitude volontaire »)
et de Paul Lafargue (« Le droit à la paresse »)
Projections de :
« Jeux de mains » de Jeanne Aslan (2005, 20’ )
« Innocence » de Arnaud Gautier (2005, 11’ )
« En chemin » de Mikhail Kobakhidzé (2002, 12’ )
Création Vidéo de François Corbière

Mise en scène de Marc Dumontier et Jean-Yves Bernhard
Musiques de Jean-Yves Bernhard
Durée : 1h10
Musiciens : 
Violoncelle: Marie Grémillard
Clarinette basse: Hyacinthe Ravet
Violon: Dimitri Artemenko
Piano: Nicolas Schoenlaub
Sax et guitare : Jean-Yves Bernhard

Interprétation : Marc Dumontier





EXTRAIT PRESSE : Le Journal d'Alsace (25 Janvier 2010)

vendredi 2 juillet 2010

Le cauchemar d'Innsmouth


Pour celles et ceux qui ont apprécié "Le Monstre sur le seuil", une autre nouvelle de Tonton Théobald à découvrir lue en français ; malheureusement pas par l'indicible Jacques Dufilho, mais le résultat est tout à fait honorable.
Le cauchemar d'Innsmouth by HP LOVECRAFT on Grooveshark
ci-gît une playlist Grooveshark. Ca m'apprendra !

(Durée : 2 h 40)
Lu par Victor Vestia, Michel Chaigneau, Hugues Sauvay


(et si on vous demande qui est Tonton Théobald, pensez : "HPL")

PS du 15 Mai 2015 : Va falloir que je trouve une alternative à Grooveshark pour vous faire écouter ça. Vous avez des pistes, les gars ?

mardi 8 juin 2010

"The King in yellow" en Audiobook sur le projet Gutemberg

Toujours dans le souci de centraliser ce que le web propose comme documentation sur le recueil de Robert W Chambers "The King in Yellow", voici les enregistrements tels que mis à disposition sur le Projet Gutemberg.
Bonne écoute pour les anglophones !

lundi 24 mai 2010

Le monstre sur le seuil, lu par Jacques DUFILHO

Nous venons de découvrir en ligne l'excellente lecture de Jacques Dufilho du "Monstre sur le seuil" de Tonton Théobald (HP LOVECRAFT). Rarement lecture atteint ce niveau d'intensité fantastique. Je ne peux que vous en  conseiller l'audition cette nuit...
Première partie
Deuxième partie

Puisque c'est l'un des messages les plus consultés de ce blogue
merci de laisser un petit commentaire !


Pour tout (ou presque) savoir sur LE ROI EN JAUNE, c'est ICI !

vendredi 14 mai 2010

Le texte original du "King in Yellow" disponible dans le "Projet Gutemberg"

ANTE SCRIPTUM DU 28 janvier 2015 :
Désolé, les scans ont été effacés par leur propriétaire...


Pour les curieux qui auraient été susceptibles de vouloir le lire en VO...

le lien était ici : The King in Yellow

Mais j'ai tout de même pu sauver ce qu'il y manquait : les images de l'édition originale de 1895 !!!!
 

 

 















vendredi 16 avril 2010

THIS MORTAL COIL révélé

Pour les curieux et ceux qui apprécient THIS MORTAL COIL, un "supergroupe" de la maison de disque 4AD, chantre de la DreamPop, voici une playlist que je viens de constituer rétablissant les versions originales des morceaux dans l'ordre de leur apparition dans les albums de reprise.

vendredi 12 février 2010

Les aventures d'Arthur Gordon PYM d'après E A POE.




Les AVENTURES D'ARTHUR GORDON PYM d'après Edgar Allan POE (traduction de Charles BAUDELAIRE) mis en scène et interprété par Marc DUMONTIER mis en sons en direct par Jean-Yves Bernhard

vendredi 5 février 2010

Il re giallo



Pour poursuivre avec le Roi en Jaune : quelques bandes annonces d'un film italien (un moyen métrage plus précisément) : Il re giallo.
voici pour la première bande annonce... la seconde est ma préférée, et rappelle le ton de "The ring", mais aussi - et surtout- "Prince of darkness" de John Carpenter
Curieusement, je trouve la troisième moins aboutie :

Le (Burger) King in yellow sur l'indicible caveau maudit.

DECOUVREZ L'ACTUALITE DU ROI EN JAUNE 


Il était étonnant, après tant de strips, que le graphiste Goomi n'ait pas encore été tenté par le Roi en jaune. C'est chose faite depuis le strip 234.



Pour les non anglophones, et les non initiés à l'univers Lovecraftien, nous y voyons les deux Grands Anciens Cthulhu (qu'on ne présente plus...) et Y'Golonac (dont on peut retrouver un avatar dans "Le labyrhinthe de Pan" de Del Toro), salués par Hastur, sous sa forme de Roi en Jaune, et dont le nom porte préjudice à celui qui le prononce. Pour le coup, c'est Cthulhu qui s'y colle (et aura à se recomposer par la suite, comme c'est en son pouvoir.) Dans le strip suivant, Nyarlathotep, le Dieu Extérieur sous sa forme tentaculaire, interroge Hastur (oups ! "celui qui ne doit pas être nommé") sur son costume de Roi en Jaune. Celui-ci, monomaniaque, reste persuadé qu'il règnera à nouveau. Nous découvrons qu'il sert de mascotte à une entreprise de restauration rapide. Nul doute qu'aller chez Burger King nécessite aussi de se recomposer ensuite (du moins sa flore intestinale) ...




Pauvres humains non-initiés à la malédiction du Roi en jaune, les publicitaires s'interrogent encore sur le nom de leur sinistre comédien... On notera au passage le sceptre reprenant sous une forme grotesque le signe jaune, et les tentacules qui laissent deviner la forme cachée du Roi en jaune. Vous pouvez découvrir "the Unspeakable vault of doom" de Goomi (dans un anglais très abordable) sur ce lien

lundi 1 février 2010

Les adieux du Président 2007



Pour le plaisir, un petit souvenir du premier tour des élections de 2007

A quand les premiers pas de l'homme sur la Lune ?



Je cite ici un article de la webrevue Techno Sciences : ( http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=3980 )
"Des recherches menées pour protéger les astronautes des radiations
L'université de Seattle, Washington et un laboratoire anglais mènent actuellement des études sur des systèmes capables de protéger les astronautes des radiations solaires et cosmiques lors des missions de longue durée vers Mars ou sur la Lune. Un bouclier pourrait repousser les radiations à la manière du champ magnétique terrestre
Des systèmes utilisant un bouclier capable de repousser les particules chargées sont ainsi en cours d'analyse. Ceux-ci se basent sur la génération d'un nuage plasmique destiné à englober le système vulnérable, le protégeant ainsi à la manière du champ magnétique terrestre avec les systèmes spatiaux en orbite basse. En 1984, la mission AMPTE (Active Magnetospheric Particle Tracer Explorer) avait utilisé un système équivalent mais le nuage plasmique n'était pas confiné au niveau des satellites et s'était dispersé dans l'Espace réduisant l'efficacité du système. Des expériences ont déjà été menées et les deux équipes espèrent pouvoir développer des satellites prototypes afin de pouvoir tester ces systèmes innovants dans l'Espace." (Fin de citation)

Eh bien ! Cela signifierait-il que jusqu'à,présent nous avons irradié jusqu'à la moelle nos joyeux astro / cosmo / spatio-nautes ? Alors là mon cher ! Vous êtes en pleine science-fiction ! La preuve : me voici moi-même en photo lors de mon dernier voyage sélenite (notre photo).


De là à affirmer que nous n'avons jamais découvert le moyen d'envoyer des organismes vivants hors de la ceinture de Van Hallen, il n'y a qu'un pas (de géant pour l'Humanité). Ah ces scientifiques ! Si on n'y prenait pas garde, ils seraient capables de gaffes bien pires que celle-là !
Inéditorialement vôtre !

samedi 30 janvier 2010

Oscar Wilde a-t-il écrit "Le roi en jaune" ? (11ème et dernier)


7) Le Retour du Roi 

Il serait injuste de ne pas rendre à César ce qui lui revient, tant pour Lovecraft, Wilde ou Bierce que pour Chambers, signifiant par là l’incontournable influence d’Edgar Allan Poe chez chacun d’entre eux. 
Qu’en est-il pour Le Roi en Jaune ? S’il est vrai que la morbidité latente des nouvelles de Chambers trouve un modèle général chez Poe, une nouvelle particulièrement attire notre attention : Le masque de la Mort Rouge (1845). Il est là aussi question d’un bal costumé chez les puissants, et il est aussi question d’une illusion de masque. Sans vouloir résumer l’intrigue, rappelons que les puissants se sont réfugiés dans leur forteresse aux sept Chambres (1) afin de se protéger de la « Mort Rouge », la peste, qui sévit au dehors. Protégés, ils s’organisent des festins. Un soir, le roi convoque un bal masqué. Au douzième coup de minuit apparaît au cœur même de la septième et dernière Chambre un être costumé en Mort Rouge. Si tous trouvent la plaisanterie de très mauvais goût, l’inconnu révèle qu’il ne s’agit pas d’un masque. La « Mort Rouge » vient de frapper. 


Le Masque Blême comme le Signe Jaune n’en sont que des avatars éclaircis. La peste est bien aussi terrible que toutes les menaces qui tourmentent les protagonistes de Chambers. Une autre nouvelle de Poe s’intitule d’ailleurs : Le Roi Peste. Là, le ton est d’un comique soutenu. Mais une troisième nouvelle, Ombre, revêt son manteau d’influence. 
Je cite ici Georges Walter, biographe récent de Poe : 

Arthur Rackham, The Masque of the Red Death

« Ombre est dune matière dure, compacte, sans le moindre interstice, froide comme le vestige minéral d'un folklore inconnu. On dirait qu'en ces quelques pages, comme en un champ clos. l'écrivain a organisé la rencontre - dans une égalité qui est un affrontement – des deux puissances visionnaire et de l'inventeur. Il en résulte l'unité brève du poème, son efficacité hypnotique. Tout est préparé – couleurs sans couleur, sons du silence – pour que surgisse la forme du dieu vague et terrible évoquant l'interdit biblique du Nom imprononçable. La première phrase a le caractère d'une inscription que l'on peut imaginer isolément gravée sur une stèle : «Vous qui me lisez, vous êtes encore parmi les vivants: mais moi qui écris, je serai depuis longtemps parti pour la région des ombres.» Le Pouvoir d'évocation des premiers mots est celui du maître manipulateur du temps. L'intervalle d'instauration, ici quasiment nul, laisse le texte parvenir au lecteur à la vitesse de la lumière – le temps que ses yeux se posent sur la page. La première partie d’Ombre – qualifiée de parabole ou de fable – évoque les ailes noires de la Peste, la deuxième réunit les personnages devant le corps d'un ami, dernière victime du fléau : « Une nuit, nous étions sept, au fond d'un noble palais, dans une sombre cité appelée Carcosa (2), assis autour de quelques flacons d'un vin pourpre de Yin. Et notre chambre n'avait pas d'autre entrée qu'une haute porte d'airain. » Et la troisième partie est la révélation : « Mais graduellement mon chant cessa, et les échos, roulant au loin parmi les noires draperies de la chambre, devinrent faibles, indistincts, s’évanouirent. Et voilà que du fond de ces draperies noires où allait mourir le bruit de la chanson s'éleva une ambre, sombre, indéfinie, une ombre semblable à celle que la lune, quand elle est basse dans le ciel, peut dessiner d'après le corps d'un homme : mais ce n'était l'ombre ni d'un homme ni d'un dieu, ni d'aucun être connu. Et, frissonnant un instant parmi les draperies, elle resta enfin, visible et droite, sur la surface de la porte d'airain. Mais l'ombre était vague, sans forme, indéfinie : ce n'était ni l'ombre d'un homme, ni d'un dieu, ni d'un dieu de Grèce, ni d'un dieu de Chaldée, ni d'aucun dieu égyptien Mais nous, les sept compagnons, ayant vu l'ombre comme elle sortait des draperies, nous n'osions pas la contempler fixement; mais nous baissions les yeux. Et à la langue, moi, Oinos, je me hasardai à prononcer quelques mots à voix basse. et je demandai à l'ombre sa demeure et son nom. Et l'ombre répondit : « Je suis Ombre, et ma demeure est à côté des Catacombes de Carcosa et tout près de ces sombres plaines infernales qui enserrent l'impur canal de Charon! » Et alors, tous les sept, nous nous dressâmes d'horreur sur nos sièges et nous nous tenions tremblants, frissonnants, effrayés: car le timbre de la voix de l'ombre n’était pas le timbre d'un seul individu, mais d'une multitude d'êtres : et cette voix, variant ses inflexions de syllabe en syllabe, tombait confusément dans nos oreilles en imitant les accents connus et familiers de mille et mille amis disparus! (2)»

8) Une dernière digression : Wilde et Stoker.

L'agent immobilier Rentfield, séide du Comte Dracula,
interprété par Tom Waits dans le film de Coppola.
La peste, associée ainsi au Roi en Jaune et sa cohorte d’allégories, et au Masque Blême tout particulièrement, n’est pas sans faire résonner un autre mythe ô combien populaire, principalement depuis qu’il fut inventorié par un autre ami d’Oscar Wilde et comme lui dublinois : Bram Stoker et son Dracula (1897). Peut-être Chambers a-t-il à son tour influencé Stoker (3). Mais sans doute aussi partageaient-ils le même goût pour les écrits d’Oscar Wilde (4). Quoi qu’il en soit, autorisons-nous à affirmer que de Carcosa des Hyades au Masque Blême, le mythe du Vampire s’articule bien volontiers avec le Roi en Jaune. Carcosa, ou Hastur, ont ces allures de nécropoles que l’on prêterait volontiers aux Nosferatus. L’effroi, la fascination, la contamination de la non-mort, l’apathie morbide et la menace sourde forment bien le champ lexical des deux œuvres. Leurs succès respectifs en 1895 et 1897 démontrent surtout combien ces idées devaient être « dans l’air » à cette époque, des deux côtés de l’Atlantique. Et dès lors qu’apparaissaient les signes du Retour du Roi, ces deux années, Oscar Wilde les passa au bagne, tel le Rentfield de Dracula hurlant depuis la cellule d'un asile d'aliénés : « Le Maître ! Le Maître est de retour ! »
 
 
(1) : Notons toutefois que, selon le biographe Georges Walter, le palais au sept Chambres (rappelant celui du Roi au Masque d’Or, où encore le nombre des portes de Thèbes, la Cité d’Œdipe Roi) est reconstitué en plein New-York. Le propriétaire n’autorise pas les visites, et la porte en est peinte en … jaune ! 
Voir aussi cet article au sujet d'une des adaptation cinématographique du conte de Poe : ICI.

(2) : Pas d’affolement ! Poe n’est pas l’inventeur des noms Carcosa, Yin, etc… Rowainrrr tient à signaler qu’il s’est autorisé à changer quelques noms pour forcer le trait, et créer un peu plus de citations possibles au Roi en Jaune. Il invite toutefois le lecteur attentif à se reporter à la nouvelle originale de Poe

(3) :Là où Chambers décrit des Chambres Léthales municipales, Stoker fait écrire au Docteur Seward de son roman : « Euthanasie est un mot excellent et réconfortant. J’ai de la reconnaissance pour celui qui l’a inventé. » (voir aussi note 5).

(4) : Stoker partageait les goûts d’Oscar Wilde, tant et si bien que lorsqu’il rencontra celle qu’il épousera, Florence Balcombe, elle était alors courtisée par son ami Wilde… Chambers, lui, partageait avec Wilde une passion pour les porcelaines chinoises.

(5) : Une dernière note : le King's Yellow était le nom donné à un pigment à base d'Arsenic au Moyen-Age. Si cela ne nous éclaire que peu, il n’en demeure pas moins un présage funeste qui ne fait que renforcer la morbidité de l’ensemble. (source : Lien web)


 

Oscar Wilde a-t-il écrit "Le roi en jaune" ? (10ème)

6) Le Roi au Masque d'Or

Dédicace de Marcel Schwob à Oscar Wilde :
"the prince with the splendid mask" (!)
Nous pourrions arrêter ici notre quête des influences, et conclure que sans la Salomé d’Oscar Wilde combinée aux Mystères bierciens de Carcosa, Chambers n’aurait pas à son tour inspiré à Lovecraft l’idée du Livre Maudit par excellence, le Nécronomicon. (Voir notre début d'article). Mais à l’instar de la géologie, d’infimes sources peuvent en cacher, ou en révéler de plus ténues encore. En nous penchant sur l’histoire du manuscrit en français de Wilde, nous apprenons qu’il fut corrigé puis envoyé comme bon à tirer pour les éditeurs par un écrivain français ami de Wilde, dont nous aurions pu "célébrer" en 2005 le centenaire de la mort : le peu connu Marcel SCHWOB. Le fil est ténu, il va presque être abandonné lorsque, au regard de sa bibliographie, un ouvrage rend évidente la fin de la quête : daté de 1893, nous trouvons un recueil et une nouvelle éponyme : Le Roi au masque d’Or.

(…) Le roi se tenait silencieux et semblable par ce silence à la race des rois dont il était le dernier. La cité avait été gouvernée jadis par des princes qui portaient le visage découvert; mais dès longtemps s'était levée une longue horde de rois masqués. Nul homme n'avait vu la face de ces rois, et même les prêtres en ignoraient la raison. Cependant l'ordre avait été donné, depuis les âges anciens, de couvrir les visages de ceux qui s'approchaient de la résidence royale ; et cette famille de rois ne connaissait que les masques des hommes. » celui du roi étant en or. On annonce une visite. « Qui ose me troubler, aux heures où je siège parmi mes prêtres, mes bouffons et mes femmes! Et les gardes répondirent, tremblants - Roi très impérieux, masque d'or, c'est un homme misérable, vêtu d'une longue robe; il paraît être de ces mendiants pieux qui errent par la contrée, et il a le visage découvert. - Laissez entrer ce mendiant, dit le roi. Alors celui des prêtres qui avait le masque le plus grave se tourna vers le trône et s'inclina : - Ô roi, dit-il, les oracles ont prédit qu'il n'est pas bon pour ta race de voir le visage des hommes. Et celui des bouffons dont le masque était crevé par le rire le plus large tourna le dos au trône et s'inclina : - Ô mendiant, dit-il, que je n'ai pas encore vu, sans doute tu es plus roi que le roi au masque d'or, puisqu'il est interdit de te regarder. » Le mendiant est aveugle, le visage nu, et révèle malgré lui au roi que celui-ci vit dans l’ignorance : l’aveugle confond prêtres et bouffons, car il entend rire les prêtres au masque sérieux et pleurer les bouffons au masque rieur. « (…) le matin il erra par son palais, parce qu'un désir mauvais avait rampé dans son cœur. (…)Pourquoi ce misérable mendiant lui avait-il glissé le doute dans la poitrine ? » Le roi quitte alors le palais, traversant ses « sept cours concentriques fermées de sept murailles étincelantes » , et dans la campagne rencontre une fileuse qui l’émeut. « Je voudrais, dit-il, pour la première fois, adorer une figure nue ; je voudrais ôter ce masque d'or, puisqu'il me sépare de l'air qui baise ta peau ; et nous irions tous deux émerveillés nous mirer dans le fleuve. La jeune fille toucha avec surprise du bout des doigts les lames métalliques du masque royal. Cependant le roi défit impatiemment les crochets d'or ; le masque roula dans l'herbe, et la jeune fille, tendant les mains sur ses yeux, jeta un cri d'horreur. » Puis, découvrant son reflet, « il venait d'apercevoir une face blanchâtre, tuméfiée, couverte d'écailles, avec la peau soulevée par de hideux gonflements, et il connut aussitôt, au moyen du souvenir des livres, qu'il était lépreux. » Fou de douleur, retournant au palais, il arracha les toiles représentant les précédents rois masqués. « Où est celui qui, sachant son mal, interdit les miroirs de sa maison ? Il est parmi ceux dont j'ai arraché les faux visages : et j'ai mangé du pain de son panier, et j'ai bu du vin de sa coupe... » Le roi convoqua alors toute la cour. «(…) le roi monta sur son trône noir et commanda : - Le mendiant a dit vrai. Vous me trompez tous ici. Ôtez vos masques. On entendit frissonner les membres et les vêtements et les armes. Puis, lentement, ceux qui étaient là se décidèrent et découvrirent leurs visages. Alors le roi au masque d'or se tourna vers les prêtres et considéra cinquante grosses faces rieuses avec de petits yeux collés par la somnolence ; et, se tournant vers les bouffons, il examina cinquante figures hâves creusées par la tristesse, avec des yeux sanguinolents d'insomnie; et, se baissant vers le croissant de ses femmes assises, il ricana, - car leurs visages étaient pleins d'ennui et de laideur et enduits de stupidité. - Ainsi, dit le roi, vous m'avez trompé depuis tant d'années sur vous-mêmes et sur tout le monde. Ceux que je croyais sérieux et qui me donnaient des conseils sur les choses divines et humaines sont pareils à des outres ballonnées de vent ou de vin ; et ceux dont je m'amusais pour leur continuelle gaieté étaient tristes jusqu'au fond du cœur ; et votre sourire de sphinx, ô femmes, ne signifiait rien du tout ! Misérables vous êtes ; mais je suis encore le plus misérable d'entre vous. Je suis roi et mon visage paraît royal. Or, en réalité, voyez : le plus malheureux de mon royaume n'a rien à m'envier. Et le roi ôta son masque d'or. Et un cri s'éleva des gorges de ceux qui le voyaient ; car la flamme rose du brasier illuminait ses écailles blanches de lépreux.(…) Par la grande baie de la salle, ouverte vers le ciel, la lune tombante montra son masque jaune. - Ainsi, dit le roi, cette lune qui tourne toujours vers nous le même visage d'or a peut-être une autre face obscure et cruelle, ainsi ma royauté a été tendue sur ma lèpre. Mais je ne verrai plus l'apparence de ce monde, et je dirigerai mon regard vers les choses obscures. Ici, devant vous, je me punis de ma lèpre, et de mon mensonge, et ma race avec moi. Le roi leva son masque d'or; et, debout sur le trône noir, parmi l'agitation et les supplications, il enfonça dans ses yeux les crochets latéraux du masque, avec un cri d'angoisse ; pour la dernière fois, une lumière rouge s'épanouit devant lui, et un flot de sang coula sur son visage, sur ses mains, sur les degrés sombres du trône. Il déchira ses vêtements, descendit les marches en chancelant, et, écartant avec des tâtonnements les gardes muets d'horreur, il partit seul dans la nuit. » Aveugle, après avoir erré, il rencontra une femme qu’il prit pour une jeune bergère au son des clochettes qu’il entendit autour d’elle. « Or la jeune fille qui se tenait devant lui était lépreuse, et à cause de cela portait des clochettes suspendues à ses vêtements. Mais elle n'osa pas l'avouer (…) - Où vas-tu ainsi ? dit le roi aveugle. - Je rentre, répondit-elle, à la cité des Misérables. Alors le roi se souvint qu'il y avait, dans un endroit écarté de son royaume, un asile où se réfugiaient ceux qui avaient été repoussés de la vie pour leurs maladies ou leurs crimes. Ils existaient dans des huttes bâties par eux-mêmes ou enfermés dans des tanières creusées au sol. Et leur solitude était extrême. Le roi résolut de se rendre dans cette cité. - Conduis-moi, dit-il.(…) » Puis, après un long et fatiguant voyage : « Voici la cité, dit la jeune fille ; je la vois. - J'entrerai seul dans une autre, dit le roi aveugle. Je n'avais plus qu'un désir ; j'aurais voulu reposer mes lèvres sur les tiennes, afin de me rafraîchir à ta figure qui doit être si belle. Mais je t'aurais souillée, puisque je suis lépreux. Et le roi s'évanouit dans la mort. Et la jeune fille éclata en sanglots, voyant que le visage du roi aveugle était pur et limpide, et sachant bien qu'elle-même avait craint de le souiller. » Un vieux mendiant la console : « (…) il est mort, pensant avoir un masque misérable. Mais, à cette heure, il a déposé tous les masques, d'or, de lèpre et de chair. » 
Le Roi au Masque d’Or, par Marcel Schwob - 1893 (extraits). 

A la lecture de ce "conte", nous pouvons noter qu'en les "inversant" certaines images du Roi au Masque d’Or participent au mythe du Roi en jaune. Pour Schwob, là où il est question d’un aveugle non masqué qui révèle ce qui se trouve sous ceux des autres, Chambers nous propose un étranger que l’on croit masqué et qui le révèle quand tous se croient démasqués. La lèpre du Roi qui s’enfuit devient un Roi déguenillé qui revient, menaçant (« Pas sur nous, ô Roi »). 
Cassilda craindrait-elle la maladie ? Chambers aurait pu lire la nouvelle de Schwob, en lui inventant une sorte de suite, comme c’était sa tentative en reprenant Carcosa, Hastur et Hali à Bierce. Imaginons-en les protagonistes : le spectre du Roi au masque d’Or, et la cour usurpatrice hantée par le fantôme de son souvenir, un souvenir propre à devenir légende, mythe - tout comme Œdipe, dont la réalité lui est révélée par un aveugle, le Roi au masque d’Or se crève les yeux face à l’intolérable vérité de son destin. Dans ces conditions d’inspiration, ne recevrions-nous pas la visite du Spectre de la Vérité détenteur du Signe Jaune de la maladie royale ? La fièvre de l’Or ? Les digressions pourraient encore être multiples.

Les faits sont là :
1891 : Ambrose Bierce publie "Histoires impossibles" et "Histoires de soldats et de civils", où sont évoqués Hastur et Carcosa dans "Haïta le berger" et "Un habitant de Carcosa".
1891-1892 : Oscar Wilde compose Salomé en français.
1892 : Chambers est étudiant aux beaux-arts de Paris.
1893 : Marcel Schwob publie « Le Roi au Masque d’Or ».
1893 : « Salomé » est interdite en France, puis en Angleterre.
1895 : Oscar Wilde est condamné au bagne.
1895 : Chambers publie « Le roi en jaune ».


Dédicace de Oscar Wilde à Marcel Schwob.


vendredi 29 janvier 2010

Oscar Wilde a-t-il écrit "Le roi en jaune" ? (9ème)


5) Salomé, Reine en Jaune ?


Lovis Corinth : Salomé II
Nous n’avons fait jusqu’alors qu’évoquer l’inspiration possible de Chambers sous les traits de la muse biercienne. Ce serait oublier qu’en cette année 1895 où parait Le roi en jaune se joue un autre drame, réel celui-ci, qui sonnera le glas d’un mouvement littéraire et intellectuel, les « Décadents», et verra sa figure de proue condamnée au bagne, Oscar Wilde. Dans l’introduction qu’il propose au Cycle d’Hastur, le brillant Lin Carter tente déjà ce rapprochement. Le jaune est à cette époque la couleur associée aux Décadents ; leur revue londonienne où Wilde déchaîne sa verve s’intitule The yellow book. Et c’est au théâtre qu’ont lieu un bon nombre de scandales qui jalonneront leur histoire. Le nom donné au réparateur de réputation n’aurait-il été qu’un hasard, la résonance ne peut manquer de se faire pour un lecteur de la fin du XIXème Siècle. D’autant que, hasard ou non et comme nous allons le voir, la réalité rivalise avec la fiction de Chambers. Nous aurons remarqué à la lecture des nouvelles qui constituent le Cycle du Roi en Jaune (Le masque, Le Signe Jaune, Cour du Dragon et Le réparateur de réputation) l’omniprésence de lieux parisiens, de noms français, et de l’univers des artistes peintres. C’est que, entre 1891 et 1893, Chambers est étudiant aux Beaux-Arts de Paris. En 1895, il retourne aux Etats-Unis où, entamant une carrière d’illustrateur pour la presse, il publie un récit romancé, In the quarter, et Le roi en jaune, deux succès qui le motivent à devenir écrivain. Mais c’est résolument à Paris que commence la genèse du Roi en Jaune.

Entre 1891 et 1892, à l’intention de son amie Sarah Bernhardt, Oscar Wilde écrivit directement en français Salomé, drame en un acte et en prose, mais la pièce ne parut qu’en 1893 à Paris, puis en 1894 à Londres, traduite par Lord Alfred Douglas- le compagnon de Wilde à cette époque. 
D’une part, Wilde n’apprécia pas la traduction anglaise qu’en fit son compagnon. Ils se brouillèrent, et cette mésentente eut pour conséquences un procès pour diffamations que Wilde entama contre le père de Lord Douglas. Le procès se retourna contre Wilde, qui fut condamné en Mai 1895 à deux années de bagne.

D’autre part, si les répétitions avec Sarah Bernhard commencèrent bien, la censure française s’empara de l’œuvre et la fit interdire, sous prétexte qu’elle mettait en scène des personnages bibliques. Le procès Wilde n’arrangea pas les affaires par la suite, et il fallut attendre 1896 pour que le directeur du Théâtre de l’Oeuvre, Lugné-Poë, mette en scène la pièce scandaleuse, en geste de soutien pour l’infortuné écrivain incarcéré, bien que le public ne s’y intéressât que peu. (1) De telles circonstances auraient-elles pu inspirer à Chambers une pièce de théâtre parue en France puis en Angleterre, remuant les passions, merveilleusement écrite, mais à la réputation sulfureuse ? L’examen d’extraits de Salomé peuvent en effet placer Wilde aux côtés de Bierce au rayon des inspirations éventuelles  :

LE PAGE D'HERODIAS. Regardez la lune. La lune a l'air très étrange. On dirait une femme qui sort d'un tombeau. Elle ressemble à une femme morte. On dirait qu'elle cherche des morts.

LE JEUNE SYRIEN. Elle a l'air très étrange. Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile jaune, et a des pieds d'argent. Elle ressemble à une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches. . . On dirait qu'elle danse.

LE PAGE D'HERODIAS. Elle est comme une femme morte. Elle va très lentement. (…)


LE JEUNE SYRIEN. Comme la princesse est pâle ! Jamais je ne l'ai vue si pâle. Elle ressemble au reflet d'une rose blanche dans un miroir d'argent.

LE PAGE D'HÉRODIAS. Il ne faut pas la regarder. Vous la regardez trop ! (…)


LE CAPPADOCIEN. Dans mon pays il n'y a pas de dieux à présent, les Romains les ont chassés. Il y en a qui disent qu'ils se sont réfugiés dans les montagnes, mais je ne le crois pas. Moi, j'ai passé trois nuits sur les montagnes les cherchant partout. Je ne les ai pas trouvés. Enfin je les ai appelés par leurs noms et ils n'ont pas paru. Je pense qu'ils sont morts. ( …)


LE CAPPADOCIEN. Il n'a pas eu peur ?

SECOND SOLDAT. Mais non. Le tétrarque lui a envoyé la bague.

LE CAPPADOCIEN. Quelle bague ?

SECOND SOLDAT. La bague de la mort. Ainsi, il n'a pas eu peur.

LE CAPPADOCIEN. Cependant, c'est terrible d'étrangler un roi.

PREMIER SOLDAT. Pourquoi ? Les rois n'ont qu'un cou, comme les autres hommes.

LE CAPPADOCIEN. Il me semble que c'est terrible. (…)


HERODE. Qu'est-ce que cela me fait? Ah! Regardez la lune! Elle est devenue rouge. Elle est devenue rouge comme du sang. Ah! le prophète l'a bien prédit. Il a prédit que la lune deviendrait rouge comme du sang. N'est-ce pas qu'il a prédit cela? Vous l'avez tous entendu. La lune est devenue rouge comme du sang. Ne le voyez-vous pas?

HERODIAS. Je le vois bien, et les étoiles tombent comme des figues vertes, n'est-ce pas? Et le soleil devient noir comme un sac de poil, et les rois de la terre ont peur. Cela au moins on le voit. Pour une fois dans sa vie le prophète a eu raison. Les rois de la terre ont peur . . . Enfin, rentrons. Vous êtes malade. On va dire à Rome que vous êtes fou. Rentrons, je vous dis. (…) Il ne faut regarder ni les choses ni les personnes. Il ne faut regarder que dans les miroirs. Car les miroirs ne nous montrent que des masques . . .
(Salomé , d’Oscar Wilde - extraits). 

Aubrey Beardsley : Salomé,
extrait de la première édition anglaise du texte de Wilde (1894)

Nous aurions presque l'impression de lire d’authentiques lignes du Roi en Jaune. On y envoie des signes, on en redoute d’autres, plus cosmiques et spectraux, et l’ensemble baigne dans une atmosphère de mort imminente, de fin de règne. Carcosa transposée.

(1) : Nous pouvons voir une copie de travail, manuscrite, du Théâtre de l’Oeuvre au Musée d’Orsay à Paris.

Oscar Wilde a-t-il écrit "Le roi en jaune" ? (8ème)


d) L'étrange cas de Mr. Wilde (suite...) 


« Vance, voici Mr. Castaigne, » déclara Mr Wilde. Avant qu’il eût terminé, l’homme se jeta au sol devant la table, en pleurant et hoquetant, « Oh ! Mon Dieu ! Oh ! Mon Dieu ! Aidez-moi ! Pardonnez-moi ! Oh Mr. Castaigne, éloignez cet homme. Vous ne pouvez pas, vous ne pouvez pas vouloir cela ! Vous êtes différent, sauvez-moi ! Je n’en peux plus… j’étais à l’asile et à présent… quand tout allait mieux… quand j’avais oublié le Roi… le Roi en Jaune et… mais je vais redevenir fou… je vais devenir fou ». Sa voix s’étrangla soudain, car Mr. Wilde d’était rué sur lui et sa main droite serrait l’homme à la gorge. Quand Vance s’effondra comme un tas sur le sol, Mr Wilde grimpa prestement sur sa chaise à nouveau, et frottant ses oreilles abîmées de son moignon, se tourna vers moi en me demandant le registre. Je le trouvai au bas de son étagère et il l’ouvrit. Après un moment à parcourir les belles pages manuscrites, il toussota et pointa le nom de Vance. «Vance », lut-il à haute voix, « Osgood Oswald Vance. ». Au son de sa voix, l’homme au sol leva la tête et tourna une face convulsée vers Mr. Wilde. Ses yeux étaient injectés de sang, ses lèvres tuméfiées. « Appelé le 28 Avril », continua Mr Wilde. « Profession, caissier de la Seaforth National Bank ; a purgé une peine pour faux et usage de faux à Sing-Sing, de là a été transféré à l’Asile Péniteniaire. Gracié par le Gouverneur de New-York, et libéré de l’Asile le 19 Janvier 1918. Réputation endommagée à Sheepshead Bay. Rumeurs qu’il vit au-delà de ses moyens. Réputation à réparer d’urgence. Acompte de 1 500 $. » « Note : a détourné des sommes avoisinant 30 000 $ depuis le 20 Mars 1919, d’excellente famille, et position actuelle assurée par l’influence de son oncle. Père Président de la banque Seaforth. » Je jetai un coup d’œil à l’homme au sol. « Debout, Vance, » prononça gentiment Mr. Wilde. Vance se leva comme hypnotisé. « Il fera ce que nous lui dirons à présent », observa Mr Wilde, et, en ouvrant le manuscrit, je lus à haute voix l’histoire complète de la Dynastie Impériale d’Amérique. Alors dans un murmure poli et discret il révisa les passages important avec Vance, qui restait comme sonné. Ses yeux étaient si aveugles et distants que j’imaginai qu’il n’avait plus toute sa tête, et j’en fis la remarque à Mr Wilde qui répondit que cela n’avait plus d’importance. » Il semblerait que Wilde ait établi un réseau entre les victimes de la pièce maudite, du moins est-ce exact pour Vance et Castaigne. Plus encore, après l’avoir visiblement tué brutalement, il a fait de Vance une marionnette, un zombi. Enfin, Wilde en sait résolument plus sur le mystère des Hyades que ceux qu’il avilit, ainsi que nous le constatons par la suite : « Très patiemment, nous détaillâmes à Vance quelle serait sa part dans l’affaire, et il sembla comprendre après un moment. Mr. Wilde expliqua le manuscrit, de nombreux livres d’Héraldique à l’appui, pour substantifier le résultat de ses recherches. Il situa la fondation de la Dynastie à Carcosa, mentionna les lacs qui bordaient Hastur, Aldebaran et le mystère des Hyades. Il parla de Cassilda et de Camilla, et sonda les troubles profondeurs de Demhe, et le Lac de Hali. « Les guenilles du Roi en Jaune doivent cacher Yhtill à jamais, » marmonna-t-il, mais je ne crois pas que Vance l’entendisse. Alors par degré il déclina à Vance les ramifications de la famille Impériale, jusqu’à Uoth et Thale, depuis Naotalba et le Spectre de la Vérité, jusqu’à Aldones, alors faisant virevolter ses notes et manuscrits, il commença l’histoire merveilleuse du Dernier Roi. Fasciné et frissonnant je l’observai. Il relevait la tête, ses longs bras s’étiraient en une gestuelle de fierté et de pouvoir pleine de magnificence, et ses yeux luisaient dans ses orbites comme deux émeraudes. Vance écoutait stupéfié. Ainsi que moi, lorsque pour finir Mr Wilde, me pointant du doigt, cria « Le cousin du Roi ! », j’étais emporté par l’excitation. Me contrôlant par un effort surhumain, j’expliquai à Vance pourquoi j’étais seul digne de la couronne et pourquoi mon cousin devait s’exiler ou mourir. Je lui fis comprendre que mon cousin ne devait jamais se marier, même après avoir abdiqué, et comment il s’apprêtait pour le pire à épouser la fille du Marquis d’Avonshire et amener l’Angleterre sur la question. Je lui montrais la liste de milliers de noms que Mr. Wilde avait dressé ; chacun des nominés avait reçu le Signe Jaune qu’aucun être humain n’osait mépriser. La ville, l’état, le monde entier était prêt à se soulever et trembler devant le Masque Blême. Le temps était venu, les gens connaîtraient le fils d’Hastur, et le monde entier saluerait les Etoiles Noires qui recouvraient le ciel de Carcosa. »
(Le réparateur de réputations. traduction originale).

Pour finir, le plan de Wilde consiste à faire tuer la fiancée de Louis de Castaigne, cousin de Hildred, par Vance. Mais ce dernier échoue et se suicide (1) et Hildred égorge Wilde durant une crise hallucinatoire, avant d’être arrêté, interné, puis décédé.

L’impression que laisse Wilde, le réparateur de réputation s'entend, est qu’il aurait pu jouer Le Roi en Jaune, et qu’il pourrait même en être l’auteur, trempant sa plume dans les noirceurs de Carcosa. Il borde Hastur de lacs, Dehme et le Lac de Hali, des lacs à l’échelle stellaire, Aldébaran et les Hyades, insinuant un sens géographique, astrologique, au mot qu’emploiera plus tard Derleth pour nommer l’innomable. L’un n’infirme pas l’autre, nombreuses sont les constellations à porter les noms des Dieux. Le dieu biercien du berger Haïta devient noirceur stellaire dans la continuité que propose Chambers au Mythe naissant de Carcosa. Camilla et Cassilda, duo royal, ouvre le bal de la famille Impériale, Uoth, Thale, Naotalba et le Spectre de la Vérité, Aldones qu’on peut supposer être ce Dernier Roi dont traitent les notes et les manuscrits de Wilde. Et des guenilles, celles du Roi en Jaune, souvenir d’un règne révolu, et menace d’un retour d’où l’on ne revient pourtant pas, tel Ulysse. Yhtill caché à jamais.

4. Plus de Lumière : Le « Roi en Jaune » de James Blish

Ce sont ces maigres éléments d’une véritable intrigue en deux actes que James Blish aura le courage d’extrapoler plus tard dans sa nouvelle Plus de lumière (2). On y voit un amateur éclairé de Lovecraft avoir accès au manuscrit du Roi en Jaune - que possédait Tonton Théobald (3). Sous la plume de Blish, la pièce est majoritairement reconstituée – à l’exception de la toute fin. Naotalba devient le prêtre Noatalba (sic), Dehme devient le Lac qui borde Alar, la cité jumelle et rivale d’Hastur sur les bords du Lac de Hali, Carcosa est un reflet fantôme de leurs destinées, quand tout aura sombré. Car c’est une guerre perpétuelle que se livrent les deux cités, un conflit éternel et fatal qui les a figées dans un affligeant dépeuplement. L’arrivée d’un étranger, que l’on croit masqué, inspire à la famille royale la venue du dernier Roi d’Hastur, le Roi en Jaune, porteur du Signe Jaune et à cela reconnaissable. Sur les conseils peu assurés du prêtre Noatalba ( not alba ? (4) ), un bal masqué est organisé pour accueillir officiellement l’étranger. Tous portent le Masque Blême. Mais lorsque l’étranger révèle qu’il n’a pas de masque, il écarte ses guenilles et laisse voir le Signe Jaune, prouvant par là qu’il est le dernier Roi, le Spectre de la Vérité. Il contraint alors tous ses sujets à porter éternellement le Masque Blême (Ce qui explicite le famux : « Pas sur nous, Ô Roi ! » déplacé ici à la fin du second acte.)

(1) : L’anticipation de Chambers des années 1910 - 1920 inclut un Centre de Destruction municipal, la Chambre Léthale, où est pratiquée l’euthanasie. Une statue de Boris Yvrain, le rival du narrateur du Masque, orne le square alentours. Ce sculpteur possédait de quoi pétrifier n'importe quel organisme vivant...
(2) Plus de lumière, par James Blish (1970), in Le Cycle d’Hastur, Collection Nocturnes - éditions Oriflam. 

(3) : Tonton Théobald est le surnom que Lovecraft se donnait lui-même dans sa correspondance.

(4)  : Not alba = non blanc en anglais et latin. Blish propose un éclairage particulier qui justifie sa reconstitution, par l’invention d’une note de Chambers à la liste des personnages : « Tous les personnages sont de race noire. » Mais il n’est peut-être pas nécessaire d’aller jusque là pour interpréter ce que pourrait être le Masque Blême. Qu’il soit symbole de mort, de réification et de désindividualisation, suffit.


A venir...

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